24 octobre 2009
Paroxysme
Dans la lignée du joueur d'échecs, Stefan Zweig renouvelle l'exploit : un court roman (une nouvelle longue, c'est selon) dont l'intensité dramatique va crescendo. Le lecteur découvre avec stupeur comment un homme affable, peut-être un peu démonstratif dans son amour du genre humain, peut devenir la victime de son aménité. L'amusement, l'impatience, l'irritabilité s'emparent de nous au fur et à mesure que l'on découvre le comportement de celui dont nous faisons, à part nous, un voisin.
L'écriture de Zweig superbement servie par la traduction de Baptiste Touverey, épouse à merveille ce début de siècle dans les campagnes anglaises : bonne bourgeoisie d'habitude, sans ostentation aucune, cottage accueillant et rivière calme, terrasses hospitalières, domestiques efficaces et discrets, tout y est et vous vous régalerez à découvrir le feu qui couve sous la cendre.
22 octobre 2009
Saccage bourgeois
Vita Sackville-West nous avait habitués à des romans plus calmes, plus policés aussi. Cette fois c'est bien la chronique d'un saccage délibéré qui se déroule, implacable, dans ce court roman. Toujours une famille anglaise de la bourgeoisie mais nous ne sommes plus à Londres ni dans une grande ville. Nous sommes convoqués au fin fond d'une vallée, âpre, sauvage, encaissée dans des montagnes imposantes dont les couleurs oscillent entre le vert et les gris. La population locale est taiseuse, rurale, digne et leur "seigneur" vient de mourir ; nous sommes pourtant au XXème siècle !
Le narrateur, un neveu qui a fui trente ans auparavant cette famille si accaparante, revient pour les funérailles et l'ouverture du testament. Le huis clos se met en place, la nature devient obsédante, les caractères se précisent, et surtout, surtout il y a Paola. C'est la fille d'un second lit du défunt patriarche, et elle est quasi étrangère aux habitudes infiniment anglaises de cette famille Godavary où la litote et le non-dit sont un art de ne pas vivre. Paola fascine, dérange, insupporte, et détruit aussi.
Ce texte est plus grave que les précédents, plus inquiétant, fascinant par l'absence de rédemption, l'installation de la fatalité. Une petite perle mais si noire.
12 octobre 2009
"shakuhachi " découvrez cette flûte traditionnelle japonaise à Combourg le 25 Octobre 2009

09 octobre 2009
"des rives" invite le Poète Hérvé Eléouet à "tournez la page" le Samedi 17/10/09 à 15 h

03 octobre 2009
Drôle, émouvant, tellement vrai
Une belle couleur rouge, comme celle des cerises, pour quelques lignes sur ce merveilleux roman de Maud Lethielleux. Elle avait raison ma fille, elle qui l'a lu en premier, puis conseillé, conseillé, et conseillé encore, et chaque cliente revenait enthousiaste. Alors sur la foi de ces avis enchantés, je l'ai à mon tour recommandé au prix des lecteurs de Bonnemain. Je viens de le terminer, je l'ai ouvert hier soir tard et ne l'ai pas laché (ou presque) depuis. Il faut le lire absolument, il raconte l'enfance, le divorce, la peur des adultes, de leur vocabulaire inintelligible, de leurs raisonnements alambiqués ; il raconte aussi les saisons, la vie difficile des éleveurs de chèvre, l'écologie au quotidien, l'amour des parents pour leurs enfants quoiqu'il arrive, la confiance absolue et fondatrice et tout cela grâce aux phrases de Ninon qui sont un enchantement.
Bravo à vous, Maud Lethielleux d'avoir su écrire si merveilleusement à hauteur d'enfant, avec tendresse, délicatesse, rire et sourire, vérité.
01 octobre 2009
PRIX DES LECTEURS DE BONNEMAIN - 7ème EDITION
7ème édition
PRIX DES LECTEURS DE BONNEMAIN
Voici la sélection établie par le comité organisateur :
La diagonale du vide de Pierre Péju,
mais impossible de vous présenter le visuel,
car il disparaît à chaque tentative ! Ah! le vide.
Le point commun de cette sélection que j'aurai l'honneur et le plaisir de présenter le dimanche 11 octobre prochain à la bibliothèque de Bonnemain (lors d'un goûter !) est bien l'humanité.
Pour participer à ce prix des lecteurs, c'est simple :
- il faut être adhérent d'une bibliothèque de la Communauté de Communes de la Bretagne Romantique,
- il faut s'inscrire au prix, à la bibliothèque de Bonnemain,
- il faut lire au moins cinq des six titres présentés d'ici le 25 avril 2010, date de la délibération.
Pour les lecteurs de ce blog, pas besoin de remplir les premières conditions ; si vous lisez ces titres, vous pourrez voter sur le blog et je transmettrai lors de la délibération le résultat des internautes.
Pour mémoire, c'est donc la 7ème édition de ce prix créé à l'initiative des bénévoles de la bibliothèque de Bonnemain et de la municipalité. Il permet de dynamiser notre bibliothèque et de proposer des lectures vers lesquelles nos adhérents n'iraient peut-être pas. En tous cas, il permet deux bons après midi : l'un en octobre (lancement du prix) et l'autre en avril (délibération) et des discussions animées, enthousiastes et revigorantes quant à la place du livre.
24 septembre 2009
Littérature étrangère chez BELFOND
C'est une belle collection que la "littérature étrangère" chez Belfond. Vous y trouvez des auteurs de pays et d'époques très différents mais toujours de fascinantes découvertes : Anita Brookner, Renate Dorrestein, Douglas Kennedy, Colum McCann, Haruki Murakami, C.J. Samson ... pour ne citer qu'eux.
Cette fois, par la magie des services de presse, j'ai découvert Giovanni Arpino dont vous connaissez peut-être déjà un roman : Parfum de femme superbement adapté au cinéma par Dino Risi.
Dans ce petit roman court, à la manière d'un Stefan Zweig, j'ai retrouvé une atmosphère trouble et étonnante : un jeune orphelin s'installe chez son oncle, l'ingénieur, à Turin le temps de passer son baccalauréat avant d'entreprendre des études universitaires. Il était pensionnaire et se retrouve un peu perdu dans cette famille qu'il connaît à peine et qui mène une existence extrêmement réglée, quasi monastique et surtout centrée sur les besoins d'un parent, enfermé dans la maison pour cause de démence. Romantisme, mystère à la Brontë, mais chaleur italienne, les découvertes que Tino fera le temps de sa semaine d'examen le marqueront à jamais.
Le suspens, le rythme sont tenus, les inquiétudes s'installent au fil de phrases ciselées (traduction de Nathalie Bauer), nous lisons d'un souffle.
22 septembre 2009
Islam réalité et légendes
Le Coran possède un charme irrésistible pour ce petit orphelin, élevé par des grands parents très pieux à Manisa en Turquie. L’enfant se nourrit des versets que son grand père, combattant de la seconde guerre mondiale, s’efforce de lui inculquer. Adulte, le narrateur découvre le rôle de son grand père dans la vie de son ami de jeunesse, fils d’immigré : le vert paradis de l’enfance s’en trouve modifié. Nedim Gürsel rythme son roman des hauts faits de l’Islam, choisit d’incarner Mahomet, lui rendant sa condition humaine, narrant son enfance, sa vie d’époux, la révélation qui lui conféra le rang de prophète. Il nous fait découvrir ainsi l’époque qui précéda la naissance de l’Islam grâce aux chants des trois déesses que sont les filles d’Allah et les conflits qui résultèrent de l’enseignement de Mahomet, récusant ces idoles et répandant la parole du Dieu unique. Nedim Gürsel use de symboles, d’une écriture métaphorique où passé et présent se mêlent, créant ainsi un roman au souffle épique, puissant.
Impossibilité d'une île
L’éditeur nous annonce que « Presque mort » est l’avant-dernier roman de la série d’enquêtes du commissaire Winter. Quel dommage ! Ake Edwardson nous emmène une fois encore à la rencontre de Göteborg, deuxième ville de Suède dont le décor idyllique se délite au cours de l’enquête menée par la brigade criminelle. Le plus jeune commissaire de la police suédoise a vieilli, il s’est marié, est père de famille. Pire, il a depuis peu des migraines fulgurantes, sans doute liées au doute, au stress. Une disparition étonnante au début de ce roman entraîne une cascade d’événements de plus en plus déroutants conduisant à rouvrir un dossier classé quelques trente années plus tôt, celui d’une autre disparition, jamais élucidée. La mer, une île au large de Göteborg, une impasse, des promenades en bateau, un écrivain, un politicien, des malfrats … un imbroglio dont la brigade peine à trouver le fil conducteur. Sans compter que chaque enquêteur, au premier rang desquels Erik Winter, se retrouve confronté à une crise personnelle qui modifie sensiblement la perception des éléments de l’enquête. Le télescopage des sentiments, intuitions, non-dits, les fausses pistes, les hésitations : deux époques vont se recouper au sein de cette ville en mutation.
L’auteur construit son roman à la manière d’un puzzle, usant d’une écriture fragmentaire, impressionniste, qui renforce la sensation de morcellement de ce fameux « modèle suédois », mis à mal par l’évolution de nos sociétés contemporaines. Il nous conte ici une nouvelle époque, plus brutale, plus âpre, où les affres subies par son commissaire deviennent la métaphore de la déliquescence qui s’installe. Un style plus heurté peut-être qui renforce le contraste entre la beauté d’une île au large de la ville qui grandit et la violence plus prégnante qui y règne. Ake Edwardson signe ici un polar plus émouvant, et cependant toujours aussi subtil et inventif, qu’il importe de déguster tranquillement.
15 septembre 2009
Fantastique
Ce n'est pas le genre littéraire que je connais le mieux, le fantastique et d'ailleurs heureusement que mon ami Jean-Marie est venu éclairer ma lanterne parce que je pataugeais un peu entre la science fiction, l'Héroic Fantasy et le fantastique. Alors fantastique donc m'a-t'il dit, ce roman que Somoza, dans une traduction superbe de Marianne Millon, a écrit comme une somme d'hommages à des maîtres tels Jules Verne, Lovecraft, ...
Alors je me suis lancée car j'ai presque tout lu de cet auteur. Le dernier "La théorie des cordes" était de la science fiction qui nous emmenait dans les fractures du temps. Cette fois nous montons à bord d'un train, "le Grand Train" qui passe à Dortmund et se dirige vers Hambourg, à grande vitesse, dans un futur très lointain. Nous sommes donc en Allemagne, en Europe mais nous allons vite devoir nous rendre au Japon, puis en Nouvelle Zélande et enfin en Antarctique ... mais vous ne reconnaîtrez pas ces contrées, vous trouverez sans cesse des réminiscences, des endroits connus mais autrement, et surtout, surtout des questionnements. Toutes nos valeurs sont bousculées, la philosophie le dispute à la théologie, le progrès génétique à l'atavisme, l'honnêteté se confronte sans cesse à la trahison, les apparences sont mises à mal. Une quête immense s'orchestre au fil des chapîtres, celle de la fameuse "clé de l'abîme", mais où est-il cet abîme, en nous peut-être ?
Somoza nous offre cette fois encore un superbe roman, une somme d'érudition, de plaisir, d'interrogations sur l'humanité, la société, les religions. Se lit d'une traite.

























