31 mars 2009
Un si beau titre
Un si beau titre, un hommage à Victor Hugo : "et le jour pour moi sera comme la nuit " (poème à Léopoldine), un sujet si triste, un si beau livre.
"Denis d'Aubigné, vingt ans, sept étages "... la fenêtre de la cuisine ouverte, le bruit, les cris et le début d'un cauchemar ; les parents hébétés de chagrin, d'incompréhension, de colère ; la soeur solide sur le moment parce que l'aînée, le choix impossible et donc la force, la tenue, le courage fragile ; le petit frère qui devine que le verbe partir prend un sens définitif, qui se sent abandonné et déchiré entre son envie de vivre et le chagrin qui habite cette famille disloquée.
Oui, le sujet est grave, insupportable même si l'on se mêle d'empathie, mais les phrases sont belles, la manière de raconter cette lente remontée à la surface de la vie, obstinée, et les jours, semaines, mois qui passent comme autant d'anniversaires confère à ce bref roman une tenue exemplaire, une approche délicate, tendre. Les personnages nous deviennent proches, amis et nous remontons la pente avec eux, et nous retrouvons différents et changés, à coup sûr.
Irène FRAIN à BECHEREL
Irène Frain sera présente le week end de Pâques à Bécherel à l'occasion des rencontres sur le thème des écrivains journalistes (et journalistes écrivains !).
Dans ce récit-roman sur le naufrage de l'Utile, échoué sur l'île des Sables (renommée ensuite l'île Tromelin), elle nous fait revivre avec brio et émotion comment la Compagnie des Indes a pu abandonner les rescapés d'une "cargaison" d'esclaves malgache sur un caillou à fleur d'eau, inhospitalier (litote) pendant quinze ans après qu'ils avaient participé à la construction d'une prame permettant aux rescapés blancs de s'en sortir, eux !
Ce roman met en scène avec un réalisme aux accents psychologiques des plus réussis les caractères de ces gens de mer qui vont se retrouver confrontés à eux-mêmes, réorganiser une hiérarchie, faire montre d'ingéniosité et de discipline pour triompher d'une situation dont la géographie de l'île supposait qu'elle soit mortelle. L'écriture est sobre, inspirée, captivante, l'île se dessine au fil des pages dans toute sa sauvagerie à l'instar des comportements humains quand le péril et la peur de mourir conduisent les hommes aux réactions les plus primaires.
Si vous passez par Bécherel ce week end de Pâques vous aurez loisir de rencontrer Irène Frain qui s'est rendue sur cette île de Tromelin (actuellement devenue une station météo, mais toujours aussi inhospitalière).
28 mars 2009
Poème de la semaine
Poème pour la semaine à venir :
Il suffit
D'une clameur
De la crue froissée
D'un miroir
D'un chat
Raisonneur
D'une araignée
Sur la paume
Pour ne pas oublier
De raccompagner le vent
extrait de Brûlant sombre, Jacques ARAMBURU - Cheyne poésie
25 mars 2009
UN BON ROMAN !
Un grand roman aussi, qui mériterait d'être sélectionné parmi ceux vendus dans cette librairie idéale appelée "Au bon roman". Laurence Cossé réussit un superbe pari en racontant tout à la fois la littérature, la librairie, l'édition, les média ; elle créé des personnages extrêmement attachants : Francesca, Ivan, invente une librairie que nous rêvons tous soit d'ouvrir soit de fréquenter, rend un hommage brûlant au Roman dont les lettres de noblesse sont souvent décriées au motif qu'il n'aurait pas le sérieux d'un essai, la véracité d'un récit, la finesse d'une étude.
Le Roman c'est tout cela à la fois, et nos deux héros s'en font les chantres éblouis, installant leur librairie selon des critères non pas élitistes mais absolus et éclectiques. Ils choisissent un comité de huit écrivains qu'ils tiennent pour magistraux, leur demandent une liste de romans, leur imposent le secret pour qu'il n'y ait aucune suspicion de "copinage" et se délectent (et nous avec) du succès de leur librairie où les lecteurs se bousculent, s'installent, découvrent et se délectent jusqu'à l'addiction. Seulement le succès d'une idée entraîne toujours des jalousies qui peuvent aller jusqu'au crime et ce roman-là devient thriller.
Vous vous régalerez à coup sûr en lisant jusque tard dans la nuit ce très bon et beau livre et comme moi regretterez que cette librairie idéale n'existe pas encore.
20 mars 2009
La rumeur du monde
L'hyperacousie, un don, un calvaire, une rareté : la faculté d'entendre les bruits les plus infimes, l'abominable tohu-bohu qui s'ensuit, qui rend la vie quotidienne extrêmement douloureuse et contraint à se réfugier dans la solitude en quête d'un improbable mais merveilleux silence.
Cette jolie fable raconte la rencontre entre Jodel, ingénieur "en" son (!) cinquantenaire, qui se protège de la vie et une petite Jeanne à l'ouïe si fine en laquelle il se reconnaît ; Jodel entreprend alors de rassurer Jeanne, de lui apprendre la "grande écoute", celle qui permet de discriminer les bruits et qui a fait de lui un collaborateur de la police scientifique. Tous les soirs ces deux là se retrouvent quand Jeanne sort de l'école et se réfugient dans une clairière proche pour pratiquer cette écoute si précise, si belle et riche à la fois. Leur amitié s'installe, faite de la spontanéité des questions de Jeanne, de ses jugements parfois abrupts aussi, et du calme et de la sérénité que ces moments privilégiés apportent à Jodel.
Mais la vie reprend le dessus, et une autre rencontre, infiniment plus dérangeante celle-là se produit qui va conduire nos amis à s'impliquer dans ce monde cacophoniaque que Jodel fuit ; la vie sociale le rattrape, Jeanne et sa mère qu'elle lui a présentée entre temps imposent un autre rythme, la politique, les vicissitudes de notre siècle s'imposent malgré lui et l'histoire se déroule, rythmée comme un pantoum, ramenant Jodel dans son siècle, de nouveau ouvert à la vie et acceptant le désordre de la rumeur du monde.
C'est une belle fable contemporaine que Belinda Cannone nous offre, dans une langue aussi riche que les sons qu'elle suggère au fil des pages, nous donnant à entendre la luxuriante diversité de notre époque.
Danemark, pêche en mer et secret
Karsten Lund signe ici son premier roman traduit en français, celui de l'histoire de sa famille depuis les années 1900 jusqu'à nos jours dans ce lointain Jutland où la vie est aussi rude que la mer qui lui fournit ses moyens d'existence. La pêche est prépondérante dans ce roman, la pêche en mer, le talent de ces marins pêcheurs qui partent pour de longues campagnes tout d'abord au large de l'extrême nord du Danemark puis au fil des ans s'enhardissant à des échanges avec l'Angleterre et qui pousseront même jusqu'au Groënland. Nous allons vivre les affres de la famille d'Ebsen depuis le secret terrible qui préside à la naissance de son grand-père jusqu'à la découverte finale. (Bien sûr l'autobiographie s'arrête à l'introduction du secret). Les moeurs de ces gens de Skagen avides de réussite, leur courage aussi face aux naufrages du début du siècle qui sont encore si fréquents, le début de l'industrialisation de la pêche et l'amélioration des conditions de vie qui s'ensuit revivent d'une manière enlevée et prenante. La figure principale du roman, Anthon Christensen, dont la naissance a toujours été source de commérages et de non-dits, la personnalité de Ane, sa mère, forte et dure au travail, tout entière tendue vers la réussite de cette famille qu'elle a créée, les moments forts des campagnes de pêche distillent une atmosphère à la fois étrange et séduisante et même si le lecteur suppute très vite la nature du secret, il découvrira cependant que les apparences peuvent être trompeuses.
Traduction du danois par Ines Jorgensen.
13 mars 2009
Les couleurs de la vie
Impossible de passer à un autre livre sans faire de pause après la lecture de Mingarelli. Les couleurs, justement, qu'il éclaire dans son récit frémissent encore dans mon souvenir. Alors, sur la table de poésie, ce petit livre de Pierre Bergounioux, réhaussé des encres de Joël Leick, chez Fata Morgana, m'appelle; il écrit "Le monde n'est pas quelque chose d'extérieur à l'esprit. Il nous affecte. Nous le vivons. Ses couleurs déteignent sur notre humeur, donnent goût aux instants. Elles sont indiscutables."
Ces quelques lignes pourraient s'inscrire en exergue de "La Promesse", et je me laisse emporter dans la vision que Bergounioux nous donne du Bleu, du Vert, du Jaune et du Rouge, ma préférée, inscrivant ces couleurs dans le monde qui nous entoure et pas seulement celui de la nature.
Qelle Promesse ? ...
Quelle promesse s'étaient-ils donc fait ces deux futurs matelots ? Cette fois, Hubert Mingarelli nous emmène une longue journée d'émotion sur un lac et la rivière qui le nourrit. Fédia part bien avant l'aube, laissant son fils à la maison cette fois, afin de respecter sa promesse. Il transporte avec lui une petite boîte soigneusement fermée, et poursuit la quête de l'endroit juste pour la déposer. Nous retrouvons cette fois encore les éléments naturels chers à cet écrivain si doué pour conter la nature dans sa beauté troublante et simple : la neige, l'eau, les arbres et aussi la nuit, l'aube puis le jour et de nouveau la nuit avec la magie du crépuscule. Il faut se laisser dériver au fil des avirons qui frappent régulièrement la surface de l'eau, laisser les souvenirs de Fédia refaire surface, laisser cette journée particulière se dérouler à son rythme, et ainsi la délicatesse des émotions, la fulgurance des impressions, la profondeur des sentiments vous toucheront, concerto de plaisir et d'empathie. Les phrases sont belles, courtes ou amples selon, toujours simples comme du Verlaine, toute pleine de poésie qui dit la tendresse pour ces deux personnages, Fédia et Vassili, liés par un moment d'études où leurs personnalités sont à fleur de sens.
06 mars 2009
PREMIER ROMAN
Une étrange découverte, une écriture déroutante par ses ruptures, des personnages qui effectivement (dixit la quatrième de couverture) ne nous quitteront pas de si tôt.
Paolo Giordano raconte l'histoire parallèle de deux enfants, leur adolescence rendue plus difficile encore par le traumatisme qu'ils ont subi dans leur enfance, leur jeunesse, l'installation enfin dans la vie adulte. Rien de bien extraordinaire si ce n'est cette chronique étonnamment sensible des sentiments, peurs, désenchantements, impossibilités de Mattia et Alice qui n'ont en commun que cette difficulté de vivre dans le monde ordinaire et ce depuis si longtemps. Nous vivrons la scène primaire pour chacun d'eux, puis les étapes les plus marquantes de leur jeunesse, deux trajectoires parallèles qui pourtant vont se rencontrer et faire jaillir une drôle d'amitié à la manière d'une attraction répulsion ; ensuite les tentatives pour s'intégrer tant bien que mal dans un schéma classique de vie et la prégnance de la solitude qui les frappe l'un et l'autre nous heurte et nous séduit à la fois.
Ce premier roman est dérangeant, séduisant tout autant et la modernité de l'écriture épouse parfaitement l'actualité de la jeunesse contemporaine tout en traduisant au mieux l'intemporalité des apprentissages.
(traduction Nathalie Bauer)
03 mars 2009
EXPOSITION Alain CHENARD
EXPOSITION Alain CHENARD
du 3 au 31 mars 2009
Alain Chenard, peintre rennais, vient d'accrocher ses toiles à la Galerie. Vous pouvez aller les admirer sur le diaporama (dans la colonne de droite du blog). Bonne visite.























