RIPEUR

Jeff Sourdin est né et a grandi à Fougères, vit et travaille désormais à Paris. Voici son premier roman, dont l'éditeur m'a gentiment adressé un exemplaire en me disant qu'il y croyait beaucoup. Il a raison M. Yves Landrein, qui a fait confiance à ce nouvel auteur.

C'est l'histoire d'un ripeur, donc, mais qu'est-ce qu'un ripeur ? Vous en croisez tous les jours, les nuits aussi parfois, mais les reconnaissez-vous, y pensez-vous seulement à ces "boueux", ces hommes de la nuit et du petit matin qui nettoient nos villes et nos bourgades, travaillent la nuit, dans le froid, sous la pluie, dans les odeurs aussi ! Alors prise de conscience évidemment grâce à la vie de Dimitri qui nous explique comment d'étudiant il est devenu éboueur, à 27 ans, dans cette petite ville d'Ernée dont l'intérêt touristique demeure discutable. Et nous allons cheminer avec lui au fil de ses tournées, rencontrer ses compagnons de travail, découvrir peu à peu ce vide qu'il cherchait à combler autrement en quittant ses amis de fac, en laissant faire la vie d'ailleurs, qui délite à coup sûr ce que l'on ne s'acharne pas à entretenir. Et puis, remplir ce vide, la lecture qui offre échappatoire et rencontre : ah ! la bibliothécaire ; les cafés mais pas trop tard le soir car il faut se lever : l'arrachement vers 2h du matin  ; et puis aussi séduire les filles, une fille, mais comment s'assumer professionnellement : quel potentiel de séduction y-a-t'il dans un gilet jaune de sécurité, des vêtements de pluie épais et glissants, des chaussures de sécurité, l'ensemble distillant une odeur de déchetterie !

OUi, décidément, une très belle surprise à lire ce premier roman, d'une traite, et d'y revenir avec l'envie de souligner de bien belles expressions, de retenir des moments tellement vrais, de réfléchir à ce monde du travail au service des autres, que l'on ne voit pas, auquel on ne pense pas et qui nous est pourtant si proche. Bravo à l'auteur et à l'éditeur (et aussi au linograveur : Pierre Jourde).