G_rard_Mordillat

Une si belle couleur que le rouge, et un bien beau titre pour le dernier roman de Gérard Mordillat. Bien  sûr le thème est le même que celui des précédents romans, mais quelle maestria pour soutenir sur plus de quatre cents pages la présence de près de cinquante personnages. Là encore, tous sont évoqués en quelques lignes et deviennent présents, vivants alors même qu'ils se pensent touchés mortellement dans leurs convictions, leurs espoirs.

Une usine touchée par la mondialisation, une délocalisation sauvage à l'instigation d'un fonds de pension américain, un déménagement à la sauvette, des politiques dépassés par la pression économique internationale, des syndicats débordés par leurs militants, des ouvriers écoeurés, désespérés, et surtout des hommes et des femmes dont la vie bascule du jour au lendemain à cause d'une décision économique cynique et intéressée. Seulement cette fois, un degré est franchi, les grévistes vont essaimer, l'outil de travail désacralisé par l'obscénité des comportements des actionnaires devient un  moyen de pression sans précédent et les actions de ces hommes et femmes poussés dans leur dernier retranchement se radicalisent. L'auteur nous amène ainsi à mesurer ce que le désespoir de toute une classe sociale peut entraîner dans la société et l'analyse des comportements socio-économiques atteint ici son apogée.