Lady_Susan

Gallimard propose dans la collection écoutez-lire le surprenant roman épistolaire de Jane Austen, Lady Susan, courte œuvre de jeunesse où se dévoile déjà le talent de l’auteur, sa sensibilité et son intelligence des usages de la petite noblesse anglaise, sa liberté d’esprit et son humour. Lady Susan est une jolie femme proche de la quarantaine, veuve de surcroît, désargentée, qui se réfugie chez son beau-frère à la campagne, fort marrie de devoir quitter Londres où elle excelle dans les intrigues mondaines. Pire, elle est dotée d’une fille, bien encombrante dans l’éclosion de sa jeunesse, qu’elle perçoit même comme une rivale et qu’elle souhaite vivement marier pour s’en débarrasser. Un personnage qui apparaît presque haïssable donc s’il n’y avait l’ironie dévastatrice de l’écriture, la maîtrise d’une langue si élégante et ornementée de litotes spirituelles et délicieuses. L’intrigue qui conduira notre coquette à se trouver aussi un mari tout en faisant des ravages auprès des hommes de sa famille est plaisante et rappelle les liaisons dangereuses : les plaisirs de la séduction, la manipulation des âmes plus simples, la joie de dominer une classe sociale dont Lady Susan connaît parfaitement les arcanes, le bonheur de la superficialité.

La voix de Chloé Lambert se prête à merveille à la délicieuse méchanceté de Lady Susan, son interprétation toute de nuances, avec la complicité des autres comédiens qui interprètent les six autres personnages, créé un bonheur d’écoute. C’est une plaisante expérience de découvrir une œuvre par le truchement d’un disque ; on vous raconte une histoire, et la musique et les voix se mélangent en un moment délicieux où l’imagination a libre cours de recréer un décor, de visualiser les figures de cet échange épistolaire qui y gagne une étrange et suave réalité. Un film à la James Ivory dans lequel on s’installe et qui apporte une autre dimension que la lecture sans pour autant lui nuire, une expérience de littérature inscrite dans la modernité.