La mer, le matin

De part et d’autre de la mer, Libye et Italie voient leur sort historiquement lié. Margaret Mazzantini nous offre, le récit sensible de flux migratoires, reflets de la violence des hommes confiant leur survie à la mer si terrible.

Deux garçons, une petite fille et les reliant à jamais, la mer qui sépare la Libye de la Sicile, cette quatrième rive de l’Italie que les migrants fuyant Kadhafi cherchent à atteindre à prix d’or. Margaret Mazzantini fait revivre deux époques de l’Histoire de ces deux pays. D’abord il y a Farid et sa mère qui doivent fuir la Libye, le père ayant été tué, victime d’un règlement de compte. La Sicile est leur seul espoir au-delà de la mer qu’ils redoutent, mais les passeurs sont des escrocs et le désespoir emplit bientôt tout le bateau, véritable rafiot dérivant au gré des courants. Ensuite il y a Vito, de l’autre côté, embarrassé de devoir se construire un avenir, refusant instinctivement de nier ces camps de réfugiés qui dégradent son île et son pays par leurs conditions de vie terrifiantes. Enfin, il y a la mère de Vito, Angelina qui a vu le jour à Tripoli et a vécu « arabe » pendant onze ans, dans une qualité de complicité entre italiens et libyens, unis par la même pauvreté, l’aridité du désert et le désir de réussir. Mais en 1970, Kadhafi prend le pouvoir et chasse les émigrés italiens et Angelina découvre son pays d’origine sans le reconnaître, gardant le souvenir merveilleux de celui d’adoption. Elle le fera découvrir à Vito en emmenant sa mère à Tripoli lorsque le tyran rouvrira les frontières. Alors Vito trouve enfin ce qui le fera vivre avec force et dignité : il doit créer un immense tableau où les vestiges rejetés par la mer raconteront l’histoire terrible des migrants. L’auteur écrit avec fougue cette communauté des exilés quelles que soient leurs origines, usant de phrases chocs, de vibrantes descriptions faisant vivre ces deux pays aux couleurs et parfums si semblables. La connaissance historique des faits affine les repères dans cette évocation du colonialisme italien, les époques se mélangent et les certificats d’indigence engendrent les mêmes souffrances, la même désertion de la confiance. Rien n’est manichéen, tout est affaire d’humanité dans le désir de survie.