Makine

L'immensité de la Russie, la beauté de Saint-Pétersbourg, la force de la légende de la Grande Catherine, tout y est. Le nouveau roman d'André Makine est grandiose, fascinant, captivant et si juste. Un cinéaste russe, Oleg Erdmann, d'origine allemande, est hanté par son désir irrationnel de filmer la vie de Catherine, cette petite princesse allemande devenue la grande Tsarine aux amours insatiables, aux complots meurtriers, aux engouements passionnés pour la philosophie française. Tout est démesuré aussi bien dans le pays que dans la vie de cette souveraine extraordinaire. Et l'époque que choisit Makine pour évoquer cette quête de vérité est elle aussi terrible : le Politburo, la censure soviétique, la misère des appartements communautaires, leur solidarité dans l'adversité aussi, et puis la chute du mur, l'apparition d'un capitalisme dantesque, sans limite, entraînant des ascensions aussi gigantesques que les chutes qu'elles précèdent. Mais surtout, en filigrane de cette fresque fabuleuse, l'amour, le désir éperdu de la simplicité de l'amour, de sa réalité. 

Oui, vraiment être un jour dans le regard de l'Aimé.