22 septembre 2009
Impossibilité d'une île
L’éditeur nous annonce que « Presque mort » est l’avant-dernier roman de la série d’enquêtes du commissaire Winter. Quel dommage ! Ake Edwardson nous emmène une fois encore à la rencontre de Göteborg, deuxième ville de Suède dont le décor idyllique se délite au cours de l’enquête menée par la brigade criminelle. Le plus jeune commissaire de la police suédoise a vieilli, il s’est marié, est père de famille. Pire, il a depuis peu des migraines fulgurantes, sans doute liées au doute, au stress. Une disparition étonnante au début de ce roman entraîne une cascade d’événements de plus en plus déroutants conduisant à rouvrir un dossier classé quelques trente années plus tôt, celui d’une autre disparition, jamais élucidée. La mer, une île au large de Göteborg, une impasse, des promenades en bateau, un écrivain, un politicien, des malfrats … un imbroglio dont la brigade peine à trouver le fil conducteur. Sans compter que chaque enquêteur, au premier rang desquels Erik Winter, se retrouve confronté à une crise personnelle qui modifie sensiblement la perception des éléments de l’enquête. Le télescopage des sentiments, intuitions, non-dits, les fausses pistes, les hésitations : deux époques vont se recouper au sein de cette ville en mutation.
L’auteur construit son roman à la manière d’un puzzle, usant d’une écriture fragmentaire, impressionniste, qui renforce la sensation de morcellement de ce fameux « modèle suédois », mis à mal par l’évolution de nos sociétés contemporaines. Il nous conte ici une nouvelle époque, plus brutale, plus âpre, où les affres subies par son commissaire deviennent la métaphore de la déliquescence qui s’installe. Un style plus heurté peut-être qui renforce le contraste entre la beauté d’une île au large de la ville qui grandit et la violence plus prégnante qui y règne. Ake Edwardson signe ici un polar plus émouvant, et cependant toujours aussi subtil et inventif, qu’il importe de déguster tranquillement.
11 août 2009
l'enchaînement des fatalités !
Un roman policier dans l'humeur d'un Connelly, avec peut-être plus de psychologie dans l'étude des personnages. Koryta nous rend son détective privé très attachant, ce d'autant que la loi des séries s'acharne contre lui : jugez-en, au motif de rendre service à son ex-fiancée dont le mari vient d'être sauvagement assassiné, il se retrouve pris dans une nasse inextricable où sa culpabilité semble ne faire aucun doute. Heureusement son coéquipier croit en lui et va l'aider dans une enquête contre la montre pour faire la lumière sur une affaire qui n'est évidemment pas aussi simple qu'il y paraissait. Le rythme est agréable, les rebondissements surprenants, la ville de Cleveland déroutante, et le lecteur peut savourer un bon polar.
12 août 2008
Suite des aventures de Stoney Calhoun
CASCO BAY de William G. TAPPLY, traduit par François Happe chez Gallmeister
Stoney Calhoun apparaît dans Dérive Sanglante, chez le même éditeur. C'est un guide de pêche dans le Maine, à Dublin, qui a été foudroyé quelques sept ans auparavant ; miraculeusement sauvé, soigné dans un hôpital militaire, il se retrouve sans passé, ayant tout oublié de sa vie précédente et se réfugie à Casco Bay, où il construit une cabane dans les bois, tout près d'un ruisseau où il peut pêcher à la mouche et trouve un travail de guide de pêche et confectionne des mouches dans une petite boutique tenue par Kate dont il tombe amoureux. Relativement classique contexte me direz-vous, mais tout n'est pas si simple.
Il y a les visites de "l'homme au costume", surgi de son passé, qui vient semer le trouble dans la nouvelle vie de Calhoun ; il y a Kate dont la vie personnelle est perturbée et qui n'est pas aussi présente que Calhoun le souhaiterait ; il y a le shériff Dickerman, son nouvel et vrai ami, mais qui exige des services dont Calhoun voudrait bien se tenir éloigner. Et pour couronner le tout, dans ce nouvel épisode, une partie de pêche géniale se trouve gâchée par la découverte d'un cadavre !
Stoney Calhoun va devoir s'investir dans l'enquête, et cela ne va pas sans réminiscences fulgurantes de son passé oublié, sans cas de conscience non plus, et surtout le chien Ralph, son compagnon si précieux disparaît !
Il faut lire cette enquête qui vous entraîne de parties de pêche en fabrication de mouches, de rapports humains en moments solitaires choisis dans la nature superbe du Maine, à l'orée de l'automne ; la personnalité de Calhoun se révèle comme dans le premier roman tellement attachante et le rythme de l'histoire à la fois posé et assidu vous emporte sans coup férir jusqu'au dénouement.
25 juin 2008
VARGAS enfin !
Deux catégories possibles pour ce nouveau polar de Fred Vargas : policier, bien sûr et coup de coeur, absolument.
Impossible de résumer le livre, il est foisonnant, passionnant, surprenant. Je me suis efforcée de le lire lentement. Il le faut, car sinon cela se termine trop vite. Le commissaire Adamsberg est toujours aussi "pelleteux de nuages", Danglard son second fait montre d'une culture toujours aussi étendue et Retencourt, celle qu'il appelle tantôt Lieutenant, tantôt Violette, qu'il vouvoie ou tutoie selon les moments se révèle aussi attachante et déroutante que par le passé. Bref, ils sont tous là ! avec en prime une histoire abominaffreuse et fascinante qui mêle fantastique, précision et inquiétante psychologie. Précipitez-vous, et puis retenez-vous, lisez mais pas trop vite, savourez pleinement, et relisez à coup sûr.

















