12 octobre 2009
"shakuhachi " découvrez cette flûte traditionnelle japonaise à Combourg le 25 Octobre 2009

03 octobre 2009
Drôle, émouvant, tellement vrai
Une belle couleur rouge, comme celle des cerises, pour quelques lignes sur ce merveilleux roman de Maud Lethielleux. Elle avait raison ma fille, elle qui l'a lu en premier, puis conseillé, conseillé, et conseillé encore, et chaque cliente revenait enthousiaste. Alors sur la foi de ces avis enchantés, je l'ai à mon tour recommandé au prix des lecteurs de Bonnemain. Je viens de le terminer, je l'ai ouvert hier soir tard et ne l'ai pas laché (ou presque) depuis. Il faut le lire absolument, il raconte l'enfance, le divorce, la peur des adultes, de leur vocabulaire inintelligible, de leurs raisonnements alambiqués ; il raconte aussi les saisons, la vie difficile des éleveurs de chèvre, l'écologie au quotidien, l'amour des parents pour leurs enfants quoiqu'il arrive, la confiance absolue et fondatrice et tout cela grâce aux phrases de Ninon qui sont un enchantement.
Bravo à vous, Maud Lethielleux d'avoir su écrire si merveilleusement à hauteur d'enfant, avec tendresse, délicatesse, rire et sourire, vérité.
15 septembre 2009
Fantastique
Ce n'est pas le genre littéraire que je connais le mieux, le fantastique et d'ailleurs heureusement que mon ami Jean-Marie est venu éclairer ma lanterne parce que je pataugeais un peu entre la science fiction, l'Héroic Fantasy et le fantastique. Alors fantastique donc m'a-t'il dit, ce roman que Somoza, dans une traduction superbe de Marianne Millon, a écrit comme une somme d'hommages à des maîtres tels Jules Verne, Lovecraft, ...
Alors je me suis lancée car j'ai presque tout lu de cet auteur. Le dernier "La théorie des cordes" était de la science fiction qui nous emmenait dans les fractures du temps. Cette fois nous montons à bord d'un train, "le Grand Train" qui passe à Dortmund et se dirige vers Hambourg, à grande vitesse, dans un futur très lointain. Nous sommes donc en Allemagne, en Europe mais nous allons vite devoir nous rendre au Japon, puis en Nouvelle Zélande et enfin en Antarctique ... mais vous ne reconnaîtrez pas ces contrées, vous trouverez sans cesse des réminiscences, des endroits connus mais autrement, et surtout, surtout des questionnements. Toutes nos valeurs sont bousculées, la philosophie le dispute à la théologie, le progrès génétique à l'atavisme, l'honnêteté se confronte sans cesse à la trahison, les apparences sont mises à mal. Une quête immense s'orchestre au fil des chapîtres, celle de la fameuse "clé de l'abîme", mais où est-il cet abîme, en nous peut-être ?
Somoza nous offre cette fois encore un superbe roman, une somme d'érudition, de plaisir, d'interrogations sur l'humanité, la société, les religions. Se lit d'une traite.
12 septembre 2009
VITAL
VITAL ! Oui, il est vital de lire ce nouveau roman de Martin Winckler. Que vous soyez jeune ou pas, femme ou homme, ou les deux, soignant ou soigné, il faut le lire. Sans doute mon passé dans le monde médical m'a-t'il sensibilisée énormément à cette lecture, mais pour toutes et tous c'est indispensable de découvrir ces pages pleines de vie, de colère, d'émotions, de découvertes aussi.
L'interne Jean Atwood doit se rendre pour finir son internat dans un service de gynécologie. Ce n'est pas de chirurgie qu'il s'agit pour ces six derniers mois de formation, mais de consultations auprès d'un public majoritairement féminin dans l'unité 77 que dirige le Docteur Franz Karma, dont la réputation n'est pas très bonne auprès des étudiants. Le début du roman est une première "claque" quant on lit le discours intérieur de l'interne, avec tous les stéréotypes et les certitudes qui l'animent. Nous découvrons ainsi une vision de la médecine et en particulier de la médecine des femmes qui nous stupéfie. Une deuxième "claque" nous attend quelques chapitres plus avant. Et alors tout s'enchaîne : l'interne découvre une autre manière de soigner, plus patiente, plus humaine, les conflits avec le Chef de service s'installent, qui des deux a raison ? Le lecteur lui dévore ces pages consacrées aux voix des femmes (le Choeur de cette féminité qui s'interroge, souffre, se soutient, subit, ...), l'empathie s'installe, la reconnaissance de situations, questionnements l'entraîne, l'envie surtout de dire autour de soi : "écoute-çà".
La maladie de Sachs, les Trois médecins, Le Choeur des femmes, trois romans polyphoniques comme toujours chez Martin Winckler qui nous bouleversent, nous font réagir, nous reconnaître, et donnent une image paradoxale et tellement juste de notre époque technologiquement si avancée et humainement si effrayante.
02 septembre 2009
Unis envers et contre tout pessimisme
Un premier roman magistral, qui se lit dans un seul élan ; pourtant il faut manger, travailler, dormir, mais ces sept cent cinquante pages vous attirent plus qu'un aimant.
Le jeune Michel, douze ans en 1959, profite de Paris avec délectation ; seul problème, le lycée Henri IV (H IV pour les initiés), car il faut travailler et lui préfère lire. Il a mis au point une technique, bénie du dieu des lecteurs, grâce à laquelle il peut lire en classe, lire sur le trottoir, lire en traversant les rues etc... sans jamais rencontrer d'obstacles, sauf ... . Surtout nous découvrons sa famille, cocktail explosif entre deux clans : côté maternel, bon chic, bon teint, commerçants poujadistes ou quasi, côté paternel, vieille dynastie communiste, le tout se déroulant sur fond de guerre d'Algérie, qui d'ailleurs en est encore au stade d'événements. Enfin, Michel fréquente non seulement la bibliothèque de son quartier, mais aussi un café, le Balto, tenu par d'authentiques auvergnats dans l'arrière salle duquel se réunissent des individus particuliers : des réfugiés politiques (avec ou plus souvent sans papiers), fuyant les pays de l'Est : Roumanie, U.R.S.S., Pologne ... Ils ont pour eux d'être devenus optimistes, c'est bien le moins après être revenus de là-bas, avoir tout perdu, tout souffert y compris la peur de la mort, et foin des secrets de chacun, ils ont érigé des règles tacites ; dans leur club on parle français et on joue aux échecs. Sont admis quelques français et non des moindres : Sartre et Kessel. Michel y vivra un véritable apprentissage de la vie avec ses attachements, ses amitiés indéfectibles, ses trahisons aussi.
Jean Michel Guenassia nous emmène ainsi sur les traces de Michel pendant toute la durée de cette drôle de guerre, nous captivant des découvertes de son jeune narrateur, nous racontant des histoires dans l'histoire sur fond d'Histoire. Il nous fait revivre cette époque pas si lointaine mais tellement différente de l'actuelle comme si nous l'avions tous vécue. Dithyrambe me direz-vous, oui, certainement car ce roman est une prouesse de maîtrise, d'intérêt, de bonheur de lecture.
22 août 2009
Feu, eau, miroirs
Après la neige de Déneiger le ciel, le feu et l'eau pour ce nouveau roman d'André Bucher. J'ai eu l'honneur de le recevoir dédicacé par l'auteur grâce à mon ami Didier qui me l'a rapporté. La dédicace évoque le vertige du feu et de l'eau, la résurgence d'un mythe. Nous y sommes en effet. C'est un grand beau livre, où les éléments se combattent, se conjuguent, dépassent les hommes les entraînant dans un véritable opéra. Leurs vies sont bousculées comme brindilles dans le brasier, des cataractes de sentiments les malmènent, la solitude, elle, les recouvre mois après mois, années après années conduisant Sam, sa mère Elise, et aussi Charles, Rose et les autres à des non-dits, ou plutôt des dits autrement, sublimés par la nature, les oiseaux, les arbres, la montagne, les marais.
Difficile de raconter l'histoire ; bien sûr il y a "un vol d'identité", un emprunt plutôt, qui conduit Sam à tenter de s'éloigner de son Jabron natal pour essayer une résurrection, loin de l'amour étouffant de sa mère, mais ce n'est pas si simple. Le besoin de racines, la connaissance d'un paysage dont on est issu, la symbiose des éléments : air, feu, eau, terre compose des chants sublimes, et l'écriture d'André Bucher, là encore, les transcende, les orchestre, mêlant le rythme syncopé du jazz, musique des hommes qui cherchent et souffrent à des moments très amples, musique de la nature immense et souveraine.
L'écriture est si belle, si rare, la poésie si présente, qu'il faut lire et surtout relire, et relire encore.
18 août 2009
Amoureusement roman
Grâce à mon amie Monique, excellentissime libraire à Tréguier, j'ai découvert le roman de Paola Calvetti : un bijou, une gourmandise. Roman et roman épistolaire à la fois, ce qui témoigne d'une maîtrise d'écriture, c'est l'histoire d'une femme d'une cinquantaine d'année qui décide de quitter son travail dans lequel le stress et les contraintes technologiques lui imposent un rythme impossible pour devenir libraire. Mais quelle libraire ! Elle ouvre la librairie "Rêves & Sortilèges" en plein coeur de Milan, un lieu essentiellement consacré aux romans et plus téméraire encore aux romans d'amour : les amours impossibles, les amours rêvées, les amours déçues, les amours ....
Au fil du roman elle développera sa boutique en faisant un hâvre hors du temps, où les chefs d'oeuvre classiques voisinent avec le meilleur de l'écriture contemporaine. Ce thème passionne bien plus de clients qu'on ne le croit et peu à peu une clientèle choisie et enthousiaste fait de son projet un franc succès, faisant mentir son pessimiste comptable (qui en est ravi) !
Cependant le bonheur de ce roman ne réside pas seulement dans la création de cette librairie (dont je rêverai !) mais aussi dans la rencontre que Emma (la libraire) fait grâce à sa librairie : son amour de jeunesse, de passage à Milan et qui est architecte. S'en suit une correspondance à la manière des lettres de Simone Beauvoir et Nelson Algren, et c'est un bonheur de suivre l'évolution de cette idylle, prétexte à des anecdotes sur New York, l'architecture, la libraire, les bibliothèques, les habitudes de vie dans ces deux pays.
Ce livre se dévore, mais vous aussi vous freinerez au dernier virage pour ne pas le terminer !
04 août 2009
YANVALOU
Yanvalou : "Quand nous entendrons le choeur crier : Je te salue Ô terre, j'irai vers le premier tambour et je lui dirai : S'il vous plaît, monsieur, un yanvalou pour Charlie."
Le yanvalou est le salut à la terre ancestrale qui permet de s'ancrer dans ses racines, sa terre natale, sa communauté. Lyonel Trouillot nous conte ici, au fil de quatre récits qui se complètent, la quête de quatre jeunes adolescents abandonnés dans une Haïti aux multiples visages, désireux de se garantir un avenir moins intolérable que leur passé et leur présent, quitte à voler, tromper, tuer peut-être. Un jeune avocat d'affaires, à l'ambition mâtinée de nostalgie refoulée, se trouve confronté à son passé en hébergeant contre sa volonté un de ces jeunes, natif de son village, qui lui raconte en un seul souffle ses origines, sa vie à l'orphelinat du Père Edmond, ses actions avec sa petite bande, l'épilogue qu'il lui reste à vivre. Les récits se succèdent, retraçant la coexistence des mondes en Haïti, ceux des oublieux de tout, désireux de se construire à l'occidentale, ceux enfermés dans leur condition délétère, confrontés à la violence et la désespérance. L'écriture épouse le point de vue des personnages et nous questionne quant à notre prise de conscience, nos engagements, notre condition même.
Sortie : fin août 2009
01 août 2009
Une roumaine qui écrit en français !
Quelle maîtrise de notre langue ! Liliana Lazar est arrivée en France à 24 ans après avoir passé son enfance à la lisière de la grande forêt, à Slobozia en Moldavie roumaine. Cette petite ville perdue est un personnage important du livre, avec ses saisons, ses légendes, et surtout le lac qu'elle enserre : la fosse aux lions. L'auteur nous raconte l'histoire terrible de Victor Luca, victime innocente de la brutalité paternelle qui va le faire basculer dans une répétition terrible de forfaits successifs entrecoupés d'efforts surhumains de rédemption. Cette quasi fable met en perspective l'Histoire de la Roumanie qui subit la dictature de Ceaucescu, puis s'en délivre en 1989, puis s'installe dans le renouveau d'un capitalisme allié à l'Eglise orthodoxe. Pendant ce temps la forêt et le climat tempèrent les effets de la politique à Slobozia tout en maintenant une atmosphère délétère où les superstitions le disputent à la piété active. Nous suivons la quête de Victor, ses rencontres, ses combats et toujours, toujours ce lac comme un personnage maléfique et fascinant.
30 juillet 2009
EBOURIFFANT
Ce roman sort en librairie le 13 août prochain : précipitez-vous ! Les éloges de la quatrième de couverture sont justifiés, même au-delà ! Colum Mc Cann nous livre ici l'histoire de "la grosse pomme" en 1974, comme une photographie mosaïque de ce melting pot inénarrable que représente New York. Différents personnages se racontent, à la lumière d'un événement incroyable qui se produit ce jour d'août à Manhattan, un funambule qui s'élance entre les Twins, traversée époustouflante qui délie les langues. Leurs voix se répondent, se mélangent, donnent à entendre la vie de communautés que tout oppose et qui pourtant se croisent chaque jour dans cette mégalopole interlope. La virtuosité de l'auteur (et de son traducteur : Jean-Luc Piningre) nous permet de pénétrer au plus vrai de la langue de ces milieux si différents, leurs codes, leur rythme, la particularité des quartiers. Et peu à peu, au fil de la lecture, nous les retrouvons liés par des circonstances fortuites mais prégnantes et qui bouleverseront à jamais leur vision du monde.
"Tourne le monde. Sous nos pas hésitants. Cela suffit." (page 431)























