23 mai 2012

Anglais moderne

Le journal de la veuve

Dans ce comté de Norfolk, au nord de l'Angleterre, les marais et les oiseaux se répondent. Une femme mûre, veuve depuis peu, vient se réfugier dans une petite ville de la côte, louant un cottage dont la petitesse et l'inconfort la rassurent. Il lui faut se réapproprier sa vie, retrouver un rythme quotidien qui accepte la solitude, dompter les moments d'angoisse, modérer le refuge dans le gin. Elle ne parle à personne vraiment, sans doute reviendra-t'elle plus tard dans cette région de rédemption, mais pour l'heure elle se confie à son journal, seul viatique qu'elle s'accorde.

Mick Jackson campe ici un personnage féminin très fouillé, sombre et caustique à la fois, terriblement anglais, tellement moderne aussi dans l'écriture. L'analyse de la relation conjugale est délicieusement désenchantée mais peu à peu la vie reprend ses droits. Un très beau moment de lecture.

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10 avril 2012

Pièce unique

Mai en automne

Les éditions Zulma ont choisi une couverture délicieuse pour ce livre précieux : roman unique de Chantal Creusot, dont on ne peut que regretter après l'avoir lu, qu'il n'y en ait pas d'autres.

Une écriture soignée, élégante, vive, une composition tellement maîtrisée que le lecteur jamais ne se perd en dépit des nombreux personnages, cette histoire commence au sortir de la Grande guerre jusqu'aux années cinquante et nous raconte la province, à la manière d'un Maupassant dont le cynisme le cèderait à la délicatesse. Nous suivons ainsi la vie de quatre familles et de la ville où elles évoluent, se croisant,se réunissant, se jugeant aussi. Chantal Creusot raconte les joies et tristesses du mariage, l'éducation des enfants, quelle que soit la classe sociale, les espoirs, les désillusions, les adultères et compromissions, les morts aussi et le deuil qu'il faut vivre dans cette province encore très engluée de principes. 

Couverture rose mais pas d'eau de rose, plutôt le très beau portrait impressionniste d'une première moitié du XXème siècle.

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11 janvier 2012

Dans la loi des pères, Les Impurs

 

Les Impurs

carolineboide_thumb

Photo de Raphaël Gaillard

Troisième roman publié aux éditions Serge Safran, les Impurs de Caroline Boidé nous emporte dans l’Algérie des évènements, celle qui se disloque alors que de tous temps, juifs et musulmans, non seulement cohabitaient, mais échangeaient, s’aidaient, vivaient leur pays commun avec grâce.

Malek est musulmane, écartée de sa famille parce qu’elle a osé publier de la poésie, David est juif, récemment installé à Alger. Rien ne les prédispose à se rencontrer lui l’ébéniste et elle la bibliothécaire et pourtant c’est une révélation que leur amour, qui les foudroient, les réunit envers et contre tous les ragots, les obstacles. L’auteur construit cette histoire comme une tragédie classique ; trois actes, l’amour partagé puis défait puis sublimé, sur fond de cette guerre civile qui s’exacerbe et que nous suivons comme dans les voix du chœur en lisant les notes qui rythment le roman. Voilà un grand moment de lecture dont l’intensité dit si bien cet amour et cette guerre qui se confondent.

 

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14 décembre 2011

IMMENSE

chaos

Immense, oui immense le plaisir de retrouver Karitas Jonsdottir, l'héroïne islandaise de Kristin Marja Baldursdottir. Je ne sais pas si mon amie Olof, islandaise elle aussi, mais qui vit chez nous en Bretagne, pensera de la traduction, mais c'est un pur bonheur de lire à nouveau les aventures de Karitas. 

Karitas est une femme islandaise, artiste peintre de talent, mais qui toute sa vie doit lutter pour faire reconnaître celui-ci. Née avec le siècle, elle se plie à la tradition en travaillant pour aider sa mère à payer les études de ses frères. Mais sa mère a reconnu son talent de dessinatrice et l'assure qu'elle aussi, Karitas, à son tour, pourra étudier les Arts et grâce à une rencontre et à son courage, la jeune fille part en Suède étudier. C'était le premier volume :

karitas

Dans Chaos sur la toile, Karitas poursuit ses découvertes et surtout continue à vivre envers et contre tous, libre, se détachant des stéréotypes, assumant son indépendance. Elle part à Paris, loin de ses enfants, de son mari qu'elle ne retrouvera qu'épisodiquement tout au long de sa vie ; elle s'installe dans un atelier d'artiste et poursuit son oeuvre, tout en élevant sa petite-fille qu'elle a recueillie au dernier moment juste avant son départ. Karitas peint, expose, vend des toiles, vit à Paris, puis Rome, puis New York, puis revient en Islande, en repart, y revient au gré de sa création, de sa quête. Une vie tendue vers la peinture et pourtant riche de liens familiaux et d'amitié, pleine de passion et de doute, l'itinéraire difficile et passionnant d'une femme libre sur tout un siècle.

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15 novembre 2011

les CONFIDENTIELS 2011

Confidentiels 20110051

Un immense MERCI à André Barbé

pour le somptueux reportage photographique de cette 2ème édition 

des CONFIDENTIELS, Salon des petits éditeurs indépendants à Combourg.

Cliquer sur le mot Confidentiels pour vous balader dans le Salon !

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18 septembre 2011

Gaston, Gustave et ... Arthur

Gaston et Gustave

Autobiographie et biographie, les deux formes se conjuguent dans ce récit. Une naissance terrible, un jumeau qui survit, un écrivain majeur qui s’impose et ces émotions s’entrecroisent pour juguler la catastrophe.

Olivier Frébourg nous raconte un épisode douloureux de sa vie, la naissance de ses jumeaux dont seul Gaston vivra, Arthur lui,  succombant lors de cet accouchement dramatique auquel le père n’a pu assister. Gaston est un très grand prématuré, il doit lutter pour vivre et ses parents sont confrontés à cet accompagnement douloureux fait d’angoisse et d’espoir, sans cesse alternés. Alors une rencontre s’impose, celle de Gustave Flaubert dont la statue s’érige devant l’hôpital, et pour ce père meurtri, affolé de culpabilité, mais dont la vie est consacrée à la littérature, l’histoire  de cet écrivain immense devient un refuge, une échappatoire lorsque la peur et le chagrin deviennent insoutenables. Le récit s’organise alors en une sorte de fugue alternant les motifs : la croissance de Gaston et la jeunesse de Flaubert, ses voyages, son rejet de la paternité pour s’immerger définitivement dans la création littéraire. Deux solitudes, celle du père dans l’insurmontable inquiétude, celle choisie de l’écrivain qui sacrifie tout à la création. L’auteur nous livre ici un récit prenant où nous découvrons le monde d’un service néonatal, dans la succession des peurs, des progrès comme autant de victoires, mais aussi nous convie à découvrir l’adieu à un enfant que l’on n’a pu connaître et qui pourtant est présent parce que douloureusement absent. Et comme une source vitale de respiration, il nous emmène à la découverte plus personnelle de Gustave, ses phobies, sa mélancolie, ses choix terribles comme pour donner à Gaston « un jumeau de substitution », parce que il lui faut « écrire, non pour réparer ou combler mais pour envelopper la vie dans du papier, créer en empruntant une voie détournée, ne pas devenir fou devant le vide ». Alors la vie se déroule au rythme des progrès de Gaston, le retour à la maison, la normalité qui s’invite timidement, les envies de voyage pour retrouver le monde de la littérature. Olivier Frébourg nous offre un récit d’émotion et de découverte dans une langue forte et belle, qui force l’empathie et la réflexion.

 

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03 septembre 2011

Mes coups de coeur de la rentrée

Las, la rentrée scolaire se fait en même temps que la rentrée littéraire !

Alors même en lisant autant que je peux, je n'arrive pas à chroniquer tous les livres que je souhaiterais mettre en avant, aussi voici un premier choix (dans tous les sens du terme) :

Abecassis

Une véritable découverte que ce monde des juifs pratiquants, et en particulier de la place de la femme ; vous serez, c'est selon, étonnés, bouleversés, scandalisés par cette histoire de "guet" ! Ce livre est beau et prenant.

Schmitt

Une drôle d'histoire que celle de ces trois femmes dont le prénom est commun ! Trois époques : La Renaissance à Bruges, l'époque de Freud à Vienne et la nôtre à Hollywood. Curieux télescopage, mais intéressante découverte de ce qu'est la féminité au cours des âges et surtout le fait de se sentir différente dans ses aspirations. Voilà de quoi réfléchir tout en lisant.

Diane Meur

Un roman épique en des temps légendaires et mythiques : un scribe doit recopier (et pourquoi pas interpréter) les tables de la loi qui gouverne ce peuple de Sir. Las l'époque a changé depuis le testament d'Anouher qui régit toute la vie siriote et cette fresque que nous offre Diane Meur nous invite à méditer sur l'esprit et la lettre tout en nous régalant de ce roman qui nous transporte.

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16 août 2011

NOTHOMB telle qu'en elle-même

Nothomb

C'est la mi-août et le Nothomb nouveau est arrivé ! Un très très bon cru. Encore et toujours ce style étonnant, une écriture si simple en apparence et tellement travaillée, certainement, qu'elle crée un rythme échevelé, qui fait galoper le lecteur au fil des pages, atteignant ainsi la fin du roman, surpris, déboussolé par la pirouette finale, sorte de morale machiavélique.

Le mythe d'Oedipe revisité par Amélie Nothomb est un grand moment de plaisir, le héros va tuer le père, mais quel père ? L'obsession de Joe servie par un talent infernal, ce jeune gamin de 15 ans, qui fait une rencontre décisive en pratiquant des tours de magie dans les bars, le conduira le temps d'un parcours initiatique déroutant à une vie dérangeante où l'ascèse le dispute au plaisir, tandis que nous découvrons un univers étonnant : la magie, le jonglage, les grands festivals des US. 

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01 juin 2011

Dessiner les mots

encre du passé

Mael et Bauza nous offre une bande dessinée chez Aire Libre, superbe de douceur, d'élégance et de sens. Un récit initiatique sur l'art de la peinture au Japon et de la calligraphie aussi, avec toute cette persévérance et cette humilité qu'il faut pour atteindre la pureté du trait, la sensibilité du texte, le sens de la vie. Atsuko est une fillette qui survit dans une teinturerie où son goût pour la peinture peut s'exprimer à ses heures de loisir, qui sont peu nombreuses pourtant ; Hidéo un calligraphe itinérant, qui s'imagine au bout de son chemin, la rencontre fortuitement et devine son talent en devenir. S'en suit un périple qui les conduira à la capitale, où elle sera confiée à un maître, peintre reconnu à la cour. L'émotion est palpable dans ce récit dont les cases sont si belles, les couleurs si douces, tout en retenue, pour dire sans dire, la force nécessaire pour que l'inspiration ne s'assèche pas et que la vie soit à chaque oeuvre un véritable recommencement.

encre du passé 2

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27 mai 2011

Une petite fille en Irlande

Claire Keegan

C'est bien de lumière qu'il s'agit, celle de l'écriture (et de la traduction pour nous) de Claire Keegan. Un court roman cette fois, après ses superbes nouvelles. L'histoire d'une petite fille dont la maman attend un énième bébé et que le père conduit chez des proches pour qu'elle soit prise en charge, le temps que sa Maman accueille l'enfant à venir. Pas de quoi me direz-vous écrire une histoire à moins qu'il ne se passe un événement terrible. Et pourtant si, oh! combien. La découverte par cette petite fille d'une autre manière de vivre, simple et calme, l'affection de ces "parents adoptifs" le temps d'un été, leurs attentions à sa sensibilité de fillette par trop laissée à elle-même, dont le père est un rustre menteur et la mère une femme vouée à la maternité, tout est raconté avec pudeur, délicatesse, justesse. La lumière de l'Irlande et du bord de mer irradie le texte, la douceur et la bonté enchantent le lecteur et cette histoire simple en apparence nous apporte un bonheur de lecture.

traduction : Jacqueline Odin

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