29 mai 2008
IRLANDE DU NORD
Ce roman, traité comme une auto-biographie, raconte la longue conquête de l'univers de l'Irlande du nord par un luthier français, qui rencontre en 1974 à Belfast un couple très impliqué dans les luttes de l'I.R.A.; il fait ainsi la connaissance d'un des dirigeants de cette armée de l'ombre, Tyrone Meehan, dont il se réjouit et s'enorgueillit de devenir l'ami. Année après année, Antoine, le français se rend à Belfast, logeant chez ses amis, fréquentant leur pub, s'ouvrant à leur culture, faisant sien leur combat contre la domination anglaise. Nous allons ainsi mieux pénétrer les arcanes de ce conflit qui s'est étalé sur plusieurs décennies, faîtes de luttes armées, d'attentats meurtriers, d'occupation militaire permanente sur fond de pauvreté, chômage, haine et incompréhension. Au milieu de tout celà, Antoine découvre que son ami est un traître, et tout s'effondre : sa perception de l'Irlande, de l'amitié, du combat, sa raison de vivre depuis tant d'années.
Lire ce livre vous amènera à découvrir l'identité de cette Irlande en lutte, les us et coutumes de ses habitants dans un pays en guerre larvée, violente, interminable, la prison politique, l'engagement et puis aussi les paysages, les chants, la langue. Sorg Chalandon a su adapter sa propre langue à la rugosité de celle de ses hôtes, à sa poésie aussi et la musique qui s'en élève est profonde, intense,bouleversante.
28 mai 2008
Etonnants romantiques
Voilà, c'est confirmé, grande nouvelle : André Bucher vient à Combourg les 12 et 13 juillet prochains, invité d'honneur du Festival "Etonnants romantiques", organisé par le Centre Culturel de Combourg sous l'égide de Didier.
J'ai eu l'insigne plaisir de rencontrer André Bucher il y a quatre ans au salon du livre à Paris, à l'occasion duquel je lui avais d'ailleurs vanté ses livres en lui demandant " vous les avez lus ? " ce à quoi, ce Monsieur immense que je n'avais jamais vu, m'avait répondu : "Non, je les ai écrits !". Je vous invite à le découvrir :
http://www.tamtamdesbaronnies.com/2003/pages03/Bucher03.htm
et bien sûr à vous précipiter sur chacun de ses titres ; plaisir, émotion, lecture et relecture garantis.
27 mai 2008
A découvrir
Si vous ne les connaissez pas encore, il vous faut découvrir les Editions Finitude. Leurs livres sont étonnants, différents, joliment hors tendance et je viens de passer un très heureux moment de lecture en découvrant ce roman de Bertrand Runtz.
Le narrateur raconte sa famille, la mort prématurée de sa mère alors qu'il n'a que onze ans, son enfance et sa jeunesse avec son père, et aussi les grands parents, la maison de famille maternelle où les vacances sont obligatoires, tout un chemin de réminiscences, de sensations, de souvenirs qui se mélangent, se décantent avec l'âge adulte qui vient. La langue est belle, un tantinet désuète, juste ce qu'il faut pour vous entraîner hors du temps présent, à la suite de vos propres souvenirs qui se superposent à ceux du narrateur, créant un climat de connivence où vous pouvez vous évader sans nostalgie pourtant.
23 mai 2008
Période policière
N'est-ce-pas que la photo de couverture est glaçante ? Elle colle parfaitement à l'atmosphère de ce nouveau roman de Jo Nesbo (mille excuses, je ne sais pas écrire le o barré !). Donc après la Suède de Camille Läckberg, me voici de retour à Oslo, capitale de la Norvège, où Harry Hole se retrouve sur les traces d'un tueur en série particulièrement abject. La première neige, un bonhomme de neige que les enfants de la famille n'ont pas réalisé et qui orne pourtant leur jardin, et puis la mère de famille qui disparaît, et puis ...
Une fois de plus Hole est aux prises avec sa hiérarchie tant son indépendance et ses intuitions le mènent souvent hors des sentiers battus ; mais heureusement pour le déroulement de l'histoire, pour le lecteur aussi qui se prend au jeu de suivre des pistes tellement singulières qu'elles suggèrent une enquête aussi intense dans l'esprit de celui qui lit que dans lignes du roman.
Il faut succomber à cette tentation, lire ce nouveau polar de Jo Nesbo publié en Série Noire - Gallimard. Un excellent moment garanti et le bonheur de retrouver notre inspecteur principal si décalé et si attachant.
22 mai 2008
RENCONTRE, ô Rencontre
Elle est passée ce jour m'apporter son livre de poésie, publié chez un collègue à elle, éditeur : Folle Avoine. Jour faste que ce jeudi, qui me fait recevoir en cadeau ce recueil intitulé "Les Eaux noires" de Mérédith Le Dez, tout frais sorti de la presse dans son bel habit blanc ivoire avec ses écritures noires à suivre du doigt sur le velours du papier. Alors pour partager avec vous, dans la primeur de la publication, un poème.
Toute sécheresse une soif douloureuse
Une faim de je ne sais quoi
J'avais pour pitance l'espoir des mots
L'amplitude du verbe la rondeur à tenir
L'exactitude de la lumière juste
Le soleil de ma soif tangible orange
J'en buvais la coupe croyant tout dire
Croyant tout prendre jusqu'au dernier quartier
De ce qui n'a jamais cessé de fuir malgré l'étreinte
Du poème
J'avais l'enthousiasme féru et sonore
La résonance du coeur la chair étirée
Toute chose un frisson jusqu'à la plus menue
Moindre parcelle du feu de chaque jour
L'outrance fut savoureuse coutume jusque dans l'ennui : douceurs amères !
Maux de mots gargarisés la tête s'emportait en avance sur l'embrasement du corps ...
Demeure la main, la disposition facile prête à la prise
Mais s'économise la parole
Indigente ou pudique
Dans la mise au jour de ses en-deçà.
Merci Mérédith.
21 mai 2008
Un bon cru
Je suis sûre que ce genre de couverture vous dit quelque chose ! Cherchez bien. Oui, voilà, Millénium. C'est bien la même collection, chez Actes Sud, que celle dans laquelle la fameuse trilogie a été publiée. Cette fois c'est une suédoise qui écrit, Camilla Läckberg, et l'histoire est bien prenante. Le style n'est sans doute pas aussi puissant que celui de Stieg Larsson, mais il ne faut pas bouder son plaisir et les aventures d'Erica, écrivain retournée dans la maison de ses parents au décès de ceux-ci et de son "vieux" copain l'inspecteur Patrik Hedström dans le petit port de pêche de Fjällbacka sont intéressantes à souhait, riches en rebondissements. L'analyse de la société provinciale dans cette petite ville, avec ses secrets, ses clivages entre les classes sociales, ses histoires sur plusieurs générations est bien conduite, et les réflexions que nous livrent les deux héros ne sont pas sans nous confronter à nos propres interrogations. L'originalité de Camille Läckberg est sans doute dans le choix du commissaire que vous rêverez, j'en suis certaine, d'assassiner plusieurs fois avant la fin du livre ...
16 mai 2008
Mes clients sont formidables
J'ai reçu ce matin, grâce à la commande d'un client, cet ouvrage, référence absolue dans la littérature japonaise. J'en avais entendu parler, mais pas le temps, pas l'envie non plus. Difficile d'aborder une telle littérature quand on est européen.
Ce roman a été écrit dans les premières années du XI ème siècle par Murasaki-shikibu, dame d'honneur de l'impératrice à qui elle enseignait les lettres chinoises. La traduction est de René Sieffert qui nous dit dans son introduction "nombreux sont ceux qui estimaient salutaire et méritoire la lecture d'un ouvrage dans lequel ils voyaient la parfaite illustration de l'universelle impermanence de ce monde et de la vanité de toute entreprise humaine."
Pour parler de la révélation qu'est le Dit du Genji, René Sieffert cite les premières lignes du Hôjô-ki, les Notes de l'ermitage de Kamo no Chômei : "Le cours de la rivière qui va jamais ne tarit, et pourtant ce n'est jamais plus la même eau. L'écume qui flotte sur les eaux dormantes tantôt se dissipe, tantôt se reforme, et il n'est d'exemple qu'elle ait duré. Pareillement advient-il des hommes et des demeures qui sont en ce monde."
Un extrait du premier tome intitulé Magnificence :
Cette année-là, à la Cour, les présages se succédèrent et les prodiges furent nombreux. La nuit du treize de la lune du renouveau, le tonnerre et la foudre, la pluie et le vent faisaient rage, quand, dans un songe de Sa Majesté, feu l'Empereur retiré se montra près du grand escalier d'honneur ; l'apparition avait un aspect redoutable, et sous son regard courroucé, le Souverain resta prosterné. Elle lui tint un long discours. Sans doute y fut-il question du Genji. Terrifié et fort ému, il s'en ouvrit à la Douairière, qui lui dit :
- Quand tombe la pluie et que le ciel se déchaîne, la nuit suscite pareilles illusions. Ce sont là choses sans importance et qui ne méritent que l'on s'en effraie !
Pour avoir soutenu le regard courroucé de son père, lui sembla-t-il, il ressentait une vive douleur dans les yeux, qui lui causait des tourments insoutenables. Au Palais aussi bien que chez la Douairière, on se livra aux abstinences, sans succès. Le Grand Ministre mourut. Il n'y avait là rien que de naturel, à son âge, mais outre que d'autres funestes évènements se produisirent coup sur coup, la Grande Douairière fut prise à son tour d'un mal inexplicable, et le temps passant, sembla s'affaiblir, ce dont l'Empereur se tourmenta diversement. Il en venait à penser que s'il était vrai que sire le Genji avait été ainsi écarté sans qu'il eût commis de crime, tout cela devait être le résultat de cette injustice."
Cet ouvrage comporte donc deux tomes : Magnificence et Impermanence, publiés chez POF et dans la version souple revient à 58€.
14 mai 2008
Lecture en cours
Si tôt arrivé, si tôt je me suis précipitée ! Après "Tout ce que j'aimais" voilà plusieurs années que je guettais le nouveau Siri Hustvedt chez Actes Sud. D'emblée je suis ravie, l'histoire est plus linéaire, mais l'écriture ample, fort bien traduite, emporte. Et les analyses qui se glissent au fil des phrases font mouche : un petit extrait, tellement actuel, pour vous mettre l'eau à la bouche.
"Une crise implique davantage que la rigueur économique, que l'obligation de se débrouiller avec peu de chose. C'est peut-être le moins grave. Les gens qui ont un peu d'orgueil se trouvent accablés par des infortunes qu'ils n'ont pas provoquées ; néanmoins, à cause de cet orgueil, un sentiment d'échec les envahit. Les encaisseurs gagnent leur vie en rabaissant et en humiliant les orgueilleux. C'est leur arme absolue. Les gens de caractère sont réduits à l'impuissance. Si vous êtes impuissants, les discours sur la justice ne sont que du vent. L'argument de consolation, à savoir que tout le monde était dans le "même bateau", n'avait qu'une validité partielle. Les fermiers qui étaient entrés libres de dettes dans la Crise pouvaient, en réalité, augmenter leur avoir en achetant des terrains à bas prix et des machines bradées. Pendant ces années, les fermiers ont prospéré ou dégringolé. Nous avons dégringolé."
07 mai 2008
Le "nouveau" Richard Powers
J'ai tellement aimé "Le temps où nous chantions", ce roman qui m'avait fait découvrir Richard Powers, que je me suis précipitée sur celui qui paraît ce mois-ci. Le premier, c'était "Trois fermiers s'en vont au bal" et j'avais eu du mal à m'y plonger. Le second, paru en poche maintenant, m'avait emportée à la découverte de musique, magistralement racontée, et de l'évolution des USA depuis la guerre 39-45 à nos jours grâce à l'histoire d'une famille mixte superbement évoquée, nous confrontant au racisme, aux évènements politiques sur les cinquante dernières années.
Cette fois il s'agit d'une introspection. L'histoire se passe dans un état rural des Etats Unis, bien loin de la côte Est, dans une contrée où les grues se rassemblent par milliers avant la migration. Ces pages sur ces oiseaux mythiques rythment le livre, parallèle vibrant entre le foisonnement des pensées et leurs migrations parfois désordonnées et l'ordonnancement immuable des rythmes de vie de ces migrateurs depuis la nuit des temps. Pourtant pour ces oiseaux aussi l'influence des hommes sur la nature commence à dérégler le cours du temps de manière inquiétante. Introspection donc, recherche sur le cerveau et les courants qui l'animent, la psychologie, la neurobiologie, les circonvolutions encore inconnues qui peuvent se créer au grand désarroi des humains. Mark est victime d'un accident grave et se retrouve à l'hôpital où sa soeur, unique famille qui lui reste, va se rendre disponible, abandonnant son travail, sa vie propre pour l'aider à se reconstruire. Mark se refait physiquement tant bien que mal, mais son esprit lui ne se remet pas tout à fait correctement dans ses marques : il est victime d'un syndrome traumatique rare, un "Capgras", qui se traduit par un délire paranoïaque l'amenant à nier que sa soeur soit sa soeur. Tous les autres il les reconnaît, reconstruit peu à peu les souvenirs les concernant, mais Karin est une usurpatrice à ses yeux. Alors l'histoire devient vertigineuse, et le spécialiste du cerveau appelé à la rescousse se retrouve fort démuni devant la thérapie à trouver pour aider ce patient à guérir.
Troublant cette évolution juste en marge de la réalité. Nous nous prenons à essayer de trouver nous aussi une méthode cognitive ou non pour aider Mark à se réparer, nous assistons impuissants et tout aussi bouleversés qu'elle, aux efforts de Karin pour trouver la faille qui permettrait de résorber cette séquelle. Nous sommes alors confrontés à notre propre vision de nos souvenirs, de notre mémoire, de notre perception des choses. C'est un livre dense, lent et profond, où la réflexion du lecteur participe à la lecture.
FORUM AU PRIX ADOS
RENCONTRE AU TRIANGLE à RENNES
FORUM du PRIX ADOS le mercredi 4 juin 2008 après-midi
Quelle chance pour moi ! Katell Savidan-Breton, qui travaille maintenant au CRDP de Rennes et que j'ai connue du temps où elle était documentaliste au collège de Saint-Aubin d'Aubigné, est venue me proposer d'animer une rencontre entre Hicham Charif et l'éditrice du Navire en pleine ville, Hélène Ramdani.
Je n'avais pas encore lu d'ouvrages de cette maison d'édition et je me suis dépêchée de me plonger dans le roman de Hicham Charif. C'est un roman pour adolescents bien sûr, mais pour adultes aussi, qui y prendront un grand plaisir et seront sans doute bien accrochés par l'histoire. Bien sûr, foin de digressions philosophiques conséquentes, de passages narratifs appuyés, mais l'écriture est d'une très bonne tenue, le rythme bien maîtrisé et la fin du roman, qui ne sacrifie absolument pas à la règle du "happy end", ouvre bien des perspectives.
L'histoire est celle d'un jeune lycéen de première dont on découvre qu'il est victime d'un virus inconnu sur le plan médical. Les contraintes qui s'en suivent sont donc particulièrement pesantes tant pour lui que pour ses proches. De plus, un virus d'un autre genre, mais virus tout aussi ravageur, investit son ordinateur, le contraignant à une recherche intensive, aidé de ses meilleurs amis pour comprendre pourquoi un hacker malfaisant le contraint à un jeu de rôle dans la vie réelle ! Le sujet de ce roman est donc "hyper" actuel, et la réflexion à laquelle il conduit est passionnante.
Je me sens donc très honorée d'être chargée d'animer la rencontre entre cet auteur et son éditrice et ne manquerai pas de vous narrer cette belle expérience.
nb : ne manquez pas d'aller visiter le site des Editions "le navire en pleine ville" :






















